Empathie, biologie, et souffrance ; sommes-nous tous vraiment égaux ?
- L'ESSENTIEL EDUC
- 18 mars
- 5 min de lecture
En parcourant mon fil d’actualité, je suis tombée sur une image qui m’a profondément bouleversée : celle d’un animal hurlant de douleur, pris dans un cri de désespoir. Un malaise intense, presque viscéral, m’a envahie. J’aurais pu détourner le regard, faire défiler l’écran et passer à autre chose. Or, cette image est restée.

Elle m’a forcée à m'interroger : pourquoi certaines souffrances nous touchent-elles profondément, tandis que d'autres nous laissent quasiment indifférentes ?
Pourquoi certains s'arrêtent, ressentent, souffrent presque avec l'autre, tandis que d'autres avancent sans broncher ? Sommes-nous tous égaux face à la souffrance ? Et surtout, où s'arrêtent les limites de notre empathie ?
En tant que professionnelle du monde animale et passionnée par les réflexions sur la condition animale et humaine, ces questions m'habitent souvent.
Cet article, rédigé « à chaud » mais nourri de lectures et de réflexions « à froid », est une tentative pour comprendre ces mécanismes complexes qui façonnent notre rapport à la souffrance et à l’empathie.
1-Comment définir l’empathie ?
« L’empathie », tout le monde prononce ce mot, peut-être sans bien définir ce qui nous touche de près ou de loin, ce qui identifie en tant qu’humain. Ce terme, si souvent employé, porte presque une connotation spirituelle, avec la simple analogie de :
« Je ne vais pas faire de mal à mon prochain parce qu’en toute logique, en faisant cela, si j’ai un minimum de compassion, il va souffrir. S’il souffre et que je l’ai blessé, pourrais-je me regarder dans la glace sans honte ? »
En réalité, dans l’empathie, nous avons tous nos limites ; eh oui, désolé de vous décevoir ! Ce qui signifie concrètement que l’humain est plutôt dans ce type de ressenti :
J’éprouve de l’empathie pour mon cercle proche (famille, amis de valeur)
Ce qu’éprouve Pierre qui vit à 600 km de moi, m’indiffère, car je ne le connais pas, ne fait pas partie de mon cercle proche.
Si nous prenons le temps d’analyser les faits, il suffit de remarquer la tendance dans les médias, pour qu’on nous invite à avoir de la « compassion pour l’un » ni pour « l’autre » ;
Alors, on entendra : « Untel a été victime de… Il était Français »
Donc, devons-nous arrêter notre empathie pour les autres ? C’est aussi ce qui va amener la suite de la réflexion.
2-Les limites de nos limites dans l’empathie

Aucun être vivant n’est fait pour souffrir, que cela soit de la souffrance physique ou morale. Nous avons, en effet, une fâcheuse tendance à fuir devant cet état, ou à fermer les yeux sur ce qui ne nous convient pas de regarder, avec sincérité. (1)
C’est peut-être, pour cela que nous mettons des mécanismes de défense, parfois, pour se protéger de la souffrance d’autrui ; ce qui n’empêche pas à certains individus d’être indifférents à autrui.
C’est aussi un mécanisme de protection et de survie, après tout. Nous ne sommes que des animaux, dans notre évolution. Dans nos gènes, nous réagissons par réflexe de survie et d’égoïsme (2).
Aussi paradoxale que cela puisse être, nous sommes plus sensibles sur certains sujets, que d’autres. C’est-à-dire, que si je soutiens une cause fermement, quelque soit ses motivations (Pour maintenir également une image sociale d’être « quelqu’un de bien », d’agir en fonction de l’apparence sociale), en réalité, on n’arrivera pas à se comprendre, et à atteindre le degré d’empathie de l’autre.
3- Empathie et effet de groupe

Peut-on vraiment deviner ce que pense ou ressent une personne que l’on croise ? Même pour un ami, de la famille, peut-on deviner dans le cœur de l’autre ce qui se passe ? C’est aussi là que résident les limites de notre empathie.
D’ailleurs, saviez-vous pourquoi certains individus masquent leurs victimes, lorsqu’ils veulent tuer un individu, soit dans des prises d’otage ou autres ?(3)
Selon certaines études, l’agresseur qui agit ainsi, c’est surtout pour se protéger lui-même, pour ne pas regarder dans les yeux sa victime qui va souffrir.
Hormis les psychopathes qui n’éprouvent aucune émotion. En faites, dans ce type de situation citée plus haut, l’agresseur désire simplement n'éprouver aucune émotion qui pourrait le faire regretter dans son action. Terrifiant, non ?
Lorsqu’un individu se retrouve dans une situation où il a besoin d’être secouru, notre limite d’empathie s’arrête quand nous sommes en groupe.
Comme si inconsciemment, on attendait que « l’autre » agisse. (4)
La même situation, en étant seul, et nous agissons instinctivement, sans penser au regard de l’autre, de l’effet de groupe.
4-Les neurones miroirs et la souffrance
« Les neurones miroirs sont des cellules cérébrales qui s'activent à la fois quand nous effectuons une action et puisque nous observons quelqu’un d’autre réaliser cette même action. Ils jouent un rôle clé dans notre capacité à ressentir de l'empathie."
Quand j’observe cette image, mon cœur est en souffrance, devant l’impuissance ressentie. Sur ma chaise, derrière mon écran, mon cœur est plein de larmes, ce qui me rappelle constamment, la souffrance que vivent les animaux (en dehors de nos animaux domestiques) ; en effet, si on recense leur calvaire, rien que d’y penser, c’est une horrible sensation dans leur cœur, l’âme et la chair.
La vivisection
Les abattoirs (ce n’est pas Disneyland Paris)
Les transports pour les mener dans le couloir de la mort
L’élevage intensif dans d’abominables conditions (même un humain ne pourrait supporter cela).
Donc, ce sont toutes ces questions auxquelles j’aimerais pouvoir y échapper ; ce rappel, grâce à cette image, me bouleverse profondément.
5- Les neurones miroirs et le mimétisme
Est-ce que mon empathie se limite qu’aux animaux ? Bien entendu que non. Or, mon cœur tend sur certains sujets autant dans la condition humaine qu’animale.
Ce qui signifie, ne pas « porter le poids de la souffrance des autres sur ses minces épaules » ; En agissant ainsi, on finira toujours par se retrouver blessé de tout.

On a le droit de mettre de la distance émotionnelle, de penser à sa vie, sans porter la misère sur ses épaules.
Être conscient de la souffrance est une chose, mais accepter nos limites, c'est aussi se protéger contre l'anxiété et la dépression.
Les neurones miroirs, c’est lorsque, j’ai la capacité de pleurer si quelqu’un verse une larme ou ressentir de la souffrance pour mon personnage préféré ou réel, et vive des émotions palpables au cinéma.
Les neurones miroirs, c’est un peu comme agir par mimétisme ; on peut apprendre en répétant une gestuelle exercée par un expert, comme en danse, par exemple. (5)
Les neurones miroirs facilitent également l'apprentissage par imitation : en observant un geste, notre cerveau l'enregistre comme si nous l'accomplissions nous-mêmes.
Nous sommes dotés de gènes incroyables et d’une biologie fascinante !
Pour conclure
Ce qui fait que j’éprouve de la compassion pour autrui, revient de mon plein droit. Je suis le seul bénéficiaire de cet état ; aucun autre ne pourra avoir un degré de compréhension quant à cette émotion ressentie.
C’est peut-être pour cela que le cinéma nous reconnecte à nos émotions les plus palpables.
Au moment, où j’écris ces lignes, En France : Environ 37 animaux sont abattus chaque seconde.→ Cela équivaut à environ 2 220 animaux par minute.
Des animaux meurent dans les abattoirs, et combien, d’autres souffrances indifférenciées d’êtres vivants qui nous échappent, que nous ne pouvons voir ; soit trop loin de mon périmètre, de ma vie ou de mon champ de vision.
Chaque jour, des humains luttent dans l’ombre pour leur survie ; oui, même en Occident, même dans des pays dits « riches », ou bien font face à la maladie, isolés et souffrants. Ce sont nos réalités.
Sommes-nous en empathie lors de ces instants ?
Après lecture de cet article, pensez-vous avoir des limites dans l'empathie?
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Julie Caillaux
L'Essentiel Educ
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(1) La psychologie de Randa
(2) Richard Dawkins, Le gène égoisme, Odile Jacob
(3) Christophe Jacquemart.
(4) Christophe Jacquemart, Neurocombat, 1 et 2
(5) Giacomo Rizolatti, Les neurones miroirs, Odile Jacob
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